Kawasaki Versys 650 phase 1 (2009)
J'ai lu quelque part que notre hôte avait envisagé d'acheter une Kawasaki ER 6 N, mais qu'il l'avait trouvée trop basse pour lui; il existait une alternative à ce problème, c'est la Versys.
J'en ai possédé 2 (une 2009 et une 2010, la 1ère version), avec lesquelles j'ai fait 40 000 kms entre 2009 et 2013.
J'avais rédigé en 2011 un compte rendu de mes 20 000 premiers kilomètres, que j'avais posté sur le site Kawette.net, je vous livre ci-dessous 😉
La quadrature du cercle
Versys 650ABS orange 2009.
Achetée neuve le 30 octobre 2009 en remplacement d’une Aprilia 1000 SL Falco qui, en 3 ans et 18 000 kms, ne m’aura jamais vraiment convaincu.
Equipée d’emblée d’un kit bagagerie GIVI (top case + valises), d’un tapis de réservoir Bagster, de protections Top block, puis au décours d’un rodage pluvieux d’un lèche-roue Ermax, auquel sera ajouté au bout de 5000 kms un amortisseur EMC avec vérin hydraulique de précharge de ressort.
Fin mai 2011, la bête totalise 19 000 kms et a accompli sa mission: résoudre la quadrature du cercle.
Ainsi donc le nom que lui ont donné ses concepteurs n’était pas usurpé: VERsatile SYStem... Que ce soit en ville, à la campagne, en voyage, en solo comme en duo, en balade ou au baston, cette moto peut tout faire, et surtout tout bien faire.
Telle est sa première qualité: la polyvalence.
Tout est affaire de subjectivité, et selon ses propres critères, chacun pourra trouver à y redire: elle n’est pas la plus belle, ni la mieux finie, il y a plus puissant, plus nerveux, plus rapide, son freinage n’est pas ébouriffant, son moteur n’est pas époustouflant, ses suspensions sont limitées, sa protection sommaire, son bruit anecdotique, personne (ou presque) ne se retourne sur son passage... Il n’empêche, une fois sur la route (la vraie, pas celle à 4 ou 6 voies), on ne manque ni de puissance, ni de freinage, ni de confort, et surtout pas de tenue de route.
Sa deuxième qualité est la facilité, que ce soit à l’arrêt ou en action, à condition toutefois d’avoir les jambes assez longues pour pouvoir grimper dessus sans s’inquiéter de trouver une bordure de trottoir en arrivant au feu... Neutralité de la direction, efficacité du freinage (dont le manque de mordant peut parfois constituer un allié de taille en cas de conditions difficiles), agrément du moteur qui cogne un peu à bas régime, mais s’avère très souple, et surtout très coupleux dans les mi-régimes, avec une allonge correcte dans les tours, étagement parfait de la boite de vitesses (dont le maniement n’est pas très agréable), très bonne position de conduite, excellent confort de selle (ça compense la sécheresse relative des suspensions), tant pour le pilote que pour le passager qui apprécie autant le fait d’être autonome que la position des poignées.
Pas de mode d’emploi particulier.
Une moto facile et polyvalente correspond aux aspirations du motard débutant, pour peu qu’il n’attache pas trop d’importance à une plastique, disons, particulière, et à une fiche technique peu spectaculaire. La raison plus que la passion, le pragmatisme avant le tape-à-l’oeil. En plus, elle est pas hors de prix, elle coûte pas trop cher en entretien, et elle consomme que dalle. Pour un peu, la Versys pourrait passer pour une utilitaire...
Sauf que c’est pas du tout ça.
C’est un roadster qui serait confortable et offrirait suffisamment de protection pour croiser à 130 pendant des heures.
C’est une excellente routière qui permet d’aligner des étapes de 350 bornes sans ravitailler, sans trop mettre son permis en danger vu l’aisance de son moteur entre 3 et 6000 t/mn, et sans effort particulier vu son poids raisonnable.
C’est (moyennant quelques aménagements) une authentique voyageuse capable d’avaler 600 bornes de départementales dans la journée et de recommencer le lendemain, capable de traverser les Alpes du Sud au Nord en 12 heures avec armes, bagages, et passagère, sans que celle-ci ne proteste à l’étape.
C’est une arme redoutable au baston pour peu qu’on ait un minimum d’expérience de la chose: un train avant précis et léger qui se place tout seul là où le regard l’a décidé, une aptitude incroyable à l’improvisation, une capacité hallucinante à prendre de l’angle et à en remettre une couche si le virage se referme, sans aucun souci de garde au sol, une stabilité remarquable sur l’angle, en virage serré comme en courbe rapide, une absence totale de propension au guidonnage, même sur bitume défoncé, une puissance de freinage largement suffisante en toutes circonstances, avec une progressivité bien utile en cas de prise de freins sur l’angle pour éviter que la moto ne se redresse, un moteur plein de bonne volonté qui permet d’ouvrir en grand sans trop d’arrière-pensées en sortie de virage, et qui, mine de rien, n’est pas si largué que ça par les gros cubes dans les bouts droits, du moment qu’ils ne sont pas trop longs...Evidemment, plus c’est sinueux, plus elle est efficace, et dans les montées de col, le manque de watts se fait sentir...
A part ça, elle peut être aussi une utilitaire très honorable.
Une moto dotée d’autant de qualités et d’un tel potentiel correspond aux aspirations du motard chevronné, pour peu qu’il accepte de se priver des sensations moteur que d’autres machines plus puissantes ont pu lui procurer par le passé, qu’il accepte aussi de déchoir en termes de standing et qu’il renonce à la course à l’armement qui le verrait rouler (si ses moyens le lui permettent) sur une BMW 1200 GS, une Ducati Multistrada, une Triumph Tiger 1050 ou une KTM 990 SMT, toutes machines autrement plus excitantes, mais aussi bien plus exigeantes et pas forcément beaucoup plus efficaces.
L’alternative se trouverait plutôt du côté des trails routiers mid-size: Suzuki V Strom (plus confortable, mais moins joueuse), Triumph Tiger 800 (plus puissante, plus valorisante, mieux suspendue (surtout la XC), mais plus volumineuse et moins agile), ou BMW F 800GS (mieux suspendue mais haute et dure de selle, plus puissante mais plus rugueuse, plus valorisante mais bien plus onéreuse). En fait, la Versys n’a qu’une seule vraie rivale, encensée (comme elle) par la presse spécialisée: la BMW F 650GS, (fausse 650 et vraie 800, mieux suspendue mais moins confortable, un peu plus puissante mais bien moins agréable, aussi économique à l’usage mais bien plus chère à l’achat, moche comme c’est pas permis mais tous les goûts sont dans la nature...).
Mais la Versys a un gros avantage sur toutes ses concurrentes: elle est la seule à être équipée de 2 jantes de 17’, ce qui lui permet de chausser les meilleures gommes du marché et de s’assurer ainsi une tenue de route diabolique.
Quand j’ai signé le chèque pour partir avec une Versys, j’étais persuadé qu’il s’agissait d’une moto de transition, d’une liaison passagère. J’ignorais à quel point elle comblerait mes attentes, toutes mes attentes motocyclistes. J’ignorais qu’elle pouvait approcher d’aussi prêt la quadrature du cercle.
Merci pour ce retour d'expérience détaillé 👍
J'avais en fait testé le successeur de l'ER6 : la Z650. Dès les premiers tours de roues, genoux trop repliés, j'ai compris qu'elle n'était pas faite pour moi. Même à l'arrêt, j'aurais ressenti cette gêne. Comme quoi, monter sur une moto, même sans la rouler, permet déjà d'éliminer les modèles trop incompatibles avec sa morphologie.
J'attendais le moment où tu comparerais la Versys à la V Strom. J'ai eu la réponse à ma question : la V Strom est plus confortable mais moins joueuse.
Si bien que je ne sais pas laquelle me tenterait le plus : parce que le confort, ça compte aussi. Surtout que l'état des départementales n'est pas parti pour s'améliorer.
La plastique de la Versys me plait assez. Plus que la V Strom en fait.
En tous cas, je ne songe pas monter en cylindrée : donc l'une ou l'autre, en 650, me tentent toujours autant. Ca va se jouer sur les petites annonces du moment quand il sera tant de songer réellement à un achat 😉
Peut-être ... une SV-7GX, quand il s'en trouvera d'occasion 😄
Il faut remettre ce rapport d'expérience dans son contexte: il concerne la 1ère version de la Versys et il date de 2011; la version suivante était assez proche, mais la 3è version (celle qui est toujours commercialisée aujourd'hui) a notablement évolué vers l'embourgeoisement: plus lourde, mieux équipée, plus souple de suspensions (n'oublions pas que la mienne était équipée d'un amortisseur EMC beaucoup plus performant que celui d'origine), et nettement moins dynamique sur le plan de la motorisation; 2 de mes amis en ont possédé une, et j'ai pas aimé du tout.
Par ailleurs, la VStrom elle aussi a pas mal évolué, mais plutôt dans le sens d'une polyvalence encore renforcée, et si j'avais eu à choisir en 2016 (et plus encore en 2020), j'aurais sans doute (sûrement !) pris la Suzuki...
Tenir compte également du gabarit plus étriqué de la Versys pour un poids équivalent (216/217 kgs).
Ne pas oublier non plus dans l'équation la BMW GS 700 (moteur Rotax), évolution significative de la 650 que j'évoque dans mon texte, qu'un de mes amis possède depuis une dizaine d'années, et sur laquelle il ne tarit pas d'éloges après 80 000 kms sans soucis...
C'est bien noté concernant les évolutions tant de la Suzuki que la Kawasaki 😀
Concernant la BMW, je viens de jeter un oeil. Je vois qu'elle a des roues à batons et que c'est du 19 pouces à l'avant et 17 à l'arrière : c'est plutôt un trail routier ? Ce qui ne me gênerait pas car je préfère le bitume au tout terrain (même si ça doit être sympa de ne pas être limité aux routes en dur)
C'est purement esthétique, mais c'est étrange, chez BM, cette manie de faire des trails ... qui font un clin d'oeil 😄 Si l'éclairage est bon, tant mieux, mais si c'est purement esthétique, c'est particulier.
La Suzuki V Strom a elle aussi une roue de 19 à l'avant, à bâtons sur la version de base, à rayons sur la version XT, la Yamaha Tracer 7 (qui n'existait pas à l'époque puisqu'elle n'est apparue qu'en 2021) est équipée comme la Versys de jantes de 17 à l'avant comme à l'arrière, mais chausse un pneu arrière en 180/55x17... comme les gros cubes !
En ce qui concerne la BM 700, la face avant était calquée sur les GS 850 et 1200 de l'époque, le design a totalement changé avec l'arrivée de la GS 900... à moteur Loncin
2020, la Tracer 7...